Magazine ATE - la mobilité nouvelle

Destination les Alpes

Ils vivent là où d’autres font des vacances : les Suisses dans les Alpes. Les Alpes dessinent la Suisse et défient la politique quand se pose la question des transports. Nous avons visité deux endroits et nous nous sommes entretenus avec une experte.

Les promesses de transfert modal ne sont pas tenues

Les Alpes sont une zone de transit régie par des directives claires. Malgré cela, davantage de camions pourraient traverser les Alpes suisses. C’est le résultat d’une alliance UDC-PLR conclue trois jours seulement après le « Oui » au second tube routier du Gothard.

Avant la votation du 28 février dernier, les partisans d’un second tube routier au Gothard n’ont pas laissé passer la moindre occasion de clamer que pas un camion supplémentaire ne franchirait les Alpes. Qu’il n’était pas question de toucher à ce que le peuple a voulu en adoptant l’Initiative des Alpes : en 2018, deux ans après l’ouverture des tunnels NLFA du Gothard, le nombre de camions transitant chaque année par les Alpes suisses ne devrait pas excéder 650’000. Voilà du moins ce que prescrit la mise en œuvre – plutôt favorable aux camions – de l’Initiative des Alpes, telle que l’a décidée le Parlement en 2008. Selon la Constitution, le rail aurait déjà dû absorber le trafic de transit des marchandises.

Les promesses faites lors de la campagne du Gothard...

Rien ne changerait dans la politique de transfert modal, le second tube serait sans rapport avec la protection des Alpes et, bien sûr, jamais au grand jamais on n’ouvrirait plus d’une voie à la circulation dans chaque sens. C’est ce qu’affirmait Filippo Lombardi (PDC), le plus grand partisan tessinois du second tube, face aux caméras de la télévision suisse le dimanche des votations. Il a promis de tout faire pour atteindre l’objectif du transfert modal. Les jours suivants, l’engagement du chef de groupe parlementaire a soudé le parti démocrate-chrétien, dont la majorité a été très favorable au percement d’un second tunnel.

... trahies au Palais fédéral seulement trois jours après la votation

Le mercredi après la votation déjà, une proposition du PLR figurait à l’ordre du jour du Conseil national : « Fixer un objectif de transfert réalisable. » Et comment ça ? Le PLR s’est contenté de refiler la patate chaude au Conseil fédéral, prié de soumettre des propositions pour réduire l’objectif de transfert modal. Parmi les perceurs de tunnels de droite, seuls le PDC et le PBD ont refusé d’augmenter le nombre de camions traversant les Alpes, à quelques exceptions près : peu de temps avant son élection à la tête du PDC, Gerhard Pfister a brillé par son absence au Conseil national. Marina Carobbio (PS/TI) a pris la parole au nom des opposants à la proposition du PLR; elle est la seule représentante tessinoise du peuple au Palais fédéral à avoir combattu le projet d’un second tube routier au Gothard. Avec son vote italophone, Mme Carobbio est parvenue à déstabiliser plusieurs parlementaires tessinois de droite, qui ont préféré s’abstenir. Rappelons que le dimanche précédent, le sud du Tessin avait majoritairement voté « Non » au percement d’un second tube routier. Et la télévision suisse italienne était au Palais fédéral pour retransmettre les débats aux informations.

Drame et assauts

Le vote au Conseil national a tourné au drame, avec un résultat très serré. Le PLR l’a emporté par 91 voix contre 90, avec 7 abstentions. Voilà ce qui arrive quand le PLR et l’UDC s’attaquent aux acquis en matière de politique environnementale. Ensemble, au Conseil national, ces deux partis ont une voix de plus que tous les autres depuis les élections d’octobre 2015.
Cette année encore, les membres du Conseil national feront des propositions pour réaliser le transfert de marchandises vers le rail. La tentation sera de nouveau grande de diminuer les objectifs et de combattre, par exemple, l’interdiction faite aux camions de circuler la nuit.

Par Luc Leumann